Breath of Fire : Dragon Quarter (Hitoshi Sakimoto)

En ce mois de juin, nous vous proposons de faire un détour par le centre de la Terre, avec l’OST de Breath of Fire : Dragon Quarter, composée par Hitoshi Sakimoto, un des compositeurs les plus importants de la planète jeux vidéo au Japon. L’occasion de retrouver l’univers musical atypique de cet artiste multi-casquettes qui ne laisse personne indifférent.

N’oubliez pas qu’il est toujours possible de réagir et de donner votre opinion, que ce soit sur le forum ou les réseaux sociaux où les partages nous font toujours plaisir. Enfin, comme toujours, vous pourrez retrouver la bande-son de Breath of Fire : Dragon Quarter pendant un bon mois sur le jukebox du site. Bonne lecture… et bonne écoute !

Hitoshi Sakimoto

Hitoshi Sakimoto naît le 26 février 1969 à Tokyo et apprend la musique, notamment le piano, en autodidacte pendant ses études. Son intérêt pour les jeux vidéo et les musiques qui les accompagnent le pousse à suivre les carrières de compositeurs comme Yuzo Koshiro et Miki Higashino. C’est à cette époque également, vers l’âge de 16 ans, qu’il rencontre Masaharu Iwata, qui deviendra son ami et son plus fidèle partenaire dans la plupart de ses œuvres. Sa première composition et collaboration avec lui date de cette période, pour un jeu vidéo réalisé par des amis, Revolter. Dans les années 90, il se fait appeler alors YmoH.S et poursuit sa carrière en tant que « sound designer » sur plusieurs projets, ainsi que d’autres participations qui lui permettent notamment de rencontrer Hayato Matsuo et Koichi Sugiyama. Sa rencontre avec Yasumi Matsuno sera décisive, et il deviendra, en compagnie de Masaharu Iwata et Hayato Matsuo, le compositeur fétiche de ce grand créateur de jeu. Ainsi, il se fera remarquer notamment en co-créant l’OST de Tactics Ogre, un premier coup de maître qui sera suivi par de nombreux autres.

Mais c’est en travaillant sur la programmation de la bande-son de Dragon Quest VI (composée par Koichi Sugiyama) qu’il découvre le leitmotiv, c’est-à-dire un mini-thème de quelques notes, qui est utilisé dans toute l’œuvre. Il utilisera alors cette technique de composition dans beaucoup de ses travaux, et notamment dans Final Fantasy Tactics (également composée avec Masaharu Iwata). Il faut ici préciser que Sakimoto est un compositeur autant adulé que détesté, cependant, personne ne pourra lui dénier ses grandes qualités, son style unique, et son inventivité, notamment formelle. Il ne faut pas oublier non plus qu’il utilise des harmonies complexes, non conventionnelles, ainsi que des rythmes alambiqués bien loin du confort dans lequel se complaisent d’autres compositeurs. Tout en progressant, Sakimoto signe des bandes-son de plus en plus travaillées, notamment celle de Vagrant Story où sa maîtrise de l’orchestration apparaît plus flagrante encore, particulièrement au niveau des percussions.

En 2002, il fonde la société Basiscape avec Masaharu Iwata et Manabu Namiki, spécialisée dans la production de musiques de jeux vidéo. Après la composition de la bande-son de Legaia 2 : Duel Saga, sans doute de moindre qualité, en compagnie de Yasunori Mitsuda et de Michiru Oshima, c’est surtout dans l’OST de Breath of Fire V que son talent est à nouveau mis à contribution, avec une diversité d’atmosphères impressionnante. Il est amusant de constater que ce compositeur attendra la bande-son de Stella Deus, en 2004, pour signer sa première chanson-thème, Holy Spirit.

C’est donc au sommet de sa gloire qu’il est choisi pour composer, avec ses deux fidèles compères Iwata et Matsuo, la musique de Final Fantasy XII, une rareté dans la série canonique où c’est bien sûr Nobuo Uematsu qui officie normalement en tant que compositeur en chef. Ce dernier ne composera d’ailleurs pour cet épisode que la chanson-thème. On pourrait considérer cette œuvre comme l’une des plus riches de Sakimoto (4 CD pour une centaine de pistes), en tout cas sa plus aboutie dans les textures musicales, créant ainsi différentes atmosphères pour les nombreux lieux du monde d’Ivalice. L’utilisation des leitmotivs est ici poussée à l’extrême, conférant au jeu une ambiance à la fois unique et une remarquable homogénéité. La musique, ici, va au-delà du simple accompagnement, en devenant un composant essentiel de l’univers du jeu.

Sakimoto a également sorti quelques albums solo et s’adonne même parallèlement à la composition pour quelques séries animées (Gunslinger Girl, Romeo × Juliet) et continue son travail, autant administratif que purement musical à Basiscape. Sa société signe ainsi sous sa supervision quelques bandes-son de qualité, telles que celles d’Odin Sphere, Deltora Quest, RIZ-ZOAWD, Opoona,ou encore Muramasa. Sakimoto signe avec l’OST de Valkyria Chronicles une OST des plus marquantes, qui sera suivie quelques années plus tard d’autres travaux : Crimson Shroud ou encore Dragon’s Crown plus récemment.

Découvrez dix-huit morceaux composés par Hitoshi Sakimoto, tirés d’autres OST (RPG et animé) et d’un album collaboratif
Critique de l’OST de Breath of Fire : Dragon Quarter (par Natahem)

Dans la licence Breath of Fire, le cinquième épisode est un peu le mouton noir. Cet épisode s’est démarqué des précédents par un nouveau genre, le « dungeon crawling », remplaçant le style RPG de ses grands frères. Le jeu se déroule entièrement sous terre, dans une ambiance urbaine post-apocalyptique, et le seul objectif est d’atteindre la surface pour voir le « ciel » dont parlent les anciennes légendes. Et qui dit nouveau tournant dit aussi nouveau compositeur. C’est donc à Hitoshi Sakimoto qu’a été confiée la bande-son, autant un cadeau qu’un challenge tant le concept du jeu est particulier.

S’il y a un bien un terme qui permet de qualifier l’OST de Dragon Quarter, c’est « industriel ». Sakimoto a su utiliser des sonorités particulières qui rappellent l’ambiance urbaine, tout en conservant des instruments et des mélodies classiques. L’œuvre démarre sur un très bon thème d’introduction et quelques pistes assez légères (Low Sector Borough, Biocorp) mais on va très vite entrer dans des thèmes plus pesants.

Les musiques d’ambiance sont particulièrement bien réussies (si on accroche au style), avec par exemple les excellentes Waste Shaft, Lifeline ou encore Power Supply Building. On pourrait difficilement imaginer mieux pour représenter l’atmosphère du soft, et on sent que Sakimoto s’est fait plaisir en explorant de multiples sonorités. Certains morceaux sont beaucoup plus doux (Mid Sector Borough, Trinity Pit) et permettent de souffler un peu au milieu de toutes les pistes assez lourdes.

Les affrontements ne sont pas en reste puisque le compositeur est capable de créer des morceaux qui mettent la pression (Attack, Formidable Foe, Maddening Heart). Mention spéciale à A Distant Call, composée essentiellement sur un orgue, qui retranscrit à lui seul toute l’importance de cet affrontement.

Évidemment, il y a les thèmes pour les cut-scenes et autres passages scénaristiques. Dans l’ensemble, le jeu n’étant pas très joyeux, on aura plutôt droit à des mélodies dramatiques (Time of Reunion, A Small Journey, Sorrowful Memories). Mais il y a aussi des thèmes difficiles à classer, dont l’originalité est propre au style de Sakimoto, comme le très bon Sorrowful Color.

Certains passages ou morceaux tombent toutefois dans un style assez expérimental qui pourra repousser les auditeurs, mais en faisant l’effort de les écouter on peut outrepasser le rejet initial et apprendre à les apprécier.

Le second CD se conclut, après le thème Ending qui marque la fin du jeu, sur un mélange de pistes associées à diverses quêtes secondaires. On peut encore y trouver des morceaux appréciables (The More We Dig, Kokon-Horay). Petit bémol quand même : le thème chanté du jeu (Castle-imitation), sans être spécialement mauvais, n’a absolument rien d’original et fait un peu tâche sur l’OST. Mais ne on peut pas le reprocher à Sakimoto puisque cette piste est la seule qu’il n’a pas composée, l’auteur étant Chihiro Onitsuka.

Pour conclure, si Dragon Quarter n’est pas l’œuvre la plus connue de Sakimoto (notamment à cause du succès mitigé du jeu), elle mériterait de l’être d’avantage. Nous vous invitons donc à l’écouter attentivement ce mois-ci, et pourquoi pas, à vous procurer le CD (lien d'achat - apparemment il n'existe plus neuf à un prix correct).

Quelques morceaux tirés de l’OST à découvrir :

L'avis de Tennee

Ma connaissance de la saga Breath of Fire s'arrête au quatrième épisode. J'ai beaucoup entendu parler de Dragon Quarter, mais l'ambiance sombre qui lui est spécifique ne m'a jamais attirée outre mesure. Je partais donc avec de sérieux a priori sur le jeu, mais également sa musique.

Finalement, j'ai été agréablement surprise en découvrant cette OST. Loin de ce que j'imaginais, elle n'est finalement pas si différente de celles des RPG « modernes ». Si on veut parler d'une OST spéciale, alors je vous renvoie tout de suite à Breath of Fire III, dont le style lounge et jazzy apporte une approche totalement nouvelle pour un RPG.
Je ne connaissais d'ailleurs pas tellement le travail de Sakimoto, en dehors de Final Fantasy XII, auquel certaines des pistes de cette OST m'ont fait penser (notamment Top Sector Borough et Let's Go with a Smile).

On retrouve dans l'OST de Breath of Fire V des sonorités très variées, beaucoup de piano et de synthétiseur. Même si elle est très différente des autres opus de la saga, j'ai quand même retrouvé par moment des émotions similaires avec le quatrième du nom (A Small Journey, Maddening Heart, Silver Tone).
Même Sorrowful Color, qui sort de l'ordinaire avec ses rythmes synthétisés, est loin d'être désagréable à l'oreille. Je citerai également A Distant Call qui se distingue, grâce à son orgue, de la plupart des autres musiques.

Pour finir, je ne dirai pas qu'écouter l'OST me fera jouer au jeu, mais je ne regrette pas de l'avoir découverte ! À mon sens, Sakimoto a parfaitement rempli sa mission en composant la bande-son de ce jeu. Il a su l'adapter à son atmosphère spécifique, sans entacher l'héritage de la saga, et tout en respectant son propre style si particulier.

L'avis de Delldongo

L’OST de Breath of Fire : Dragon Quarter n’est peut-être pas l’œuvre la plus marquante de Sakimoto, mais il a su rester dans l’univers du titre, avec surtout des musiques d’ambiances et de combats, sans trop imposer son propre style. Quelque part, les musiques proposées sont assez minimalistes et restent quasiment constamment dans une atmosphère industrielle et oppressante, car c’est précisément ce que vit le joueur pendant sa partie. Il n’apparaît donc presque pas de recherche mélodique dans l’ensemble de la bande-son, ce qui reste malgré tout assez rare. En dehors de ces musiques sombres, on trouve quand même des thèmes à mi-chemin entre la nostalgie et la tristesse pure et dure (Kind Friends, Trinity Pit) et les rares moments de détentes semblent a contrario bien esseulés (Low Sector Borough par exemple).

Mais là où l’OST tire vraiment son épingle du jeu, c’est bien sûr dans les thèmes de combat, tous plus réussis les uns que les autres, à commencer par celui des combats normaux (Going Out to See the Sky). On ne pourra guère se lasser d’écouter Formidable Foe, par exemple. Quoiqu’il en soit, l’OST est dans son ensemble remarquable et surtout en parfait adéquation avec le jeu.

La « cover » du mois : Trinity Pit

Rédigé par Delldongo, Dracohelianth, Natahem et Tennee le 1er juin 2016

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