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Shin Megami Tensei II

Fiche complète de ce jeu

Shin Megami Tensei ou la victoire de la profondeur de l'ambiance sur la médiocrité technique, l'expérience à laquelle il faut adhérer, la série qui ne peut pas plaire à tout le monde.
Si cette saga rencontre un succès certain au Japon depuis ses débuts en 1992 (et même avant avec Megami Tensei), nous autres européens sommes délaissés dans cette épopée, peu de titres du genre nous étant parvenus. Ainsi, le second opus des SMT, paru en 1994 sur Super Nintendo, réédité en 2001 sur Playstation, Game Boy Advance et Master System, puis reparu sur le Playstation Network en 2010 (sacré carrière) est toujours resté confiné au Japon.
Cela dit, avons-nous vraiment manqué un grand titre ? La réponse se trouve peut-être sous vos yeux !

- "Je ne savais pas, on m'a juste dit de le faire..." -

L'histoire de Shin Megami Tensei II se déroule plusieurs dizaines d'années après les événements de Shin Megami Tensei.

Alors que le Héros et l'Héroïne avaient contraint la Loi et le Chaos à cohabiter, il s'avéra que Tokyo avait bien davantage souffert des conflits qu'il n'y semblait. Polluée par les missiles atomiques, le raz-de-marée et les démons, l'atmosphère était devenue irrespirable, irradiée, alors que les démons pullulaient sur les plaines stériles. Pour survivre, les derniers représentants de Mesia, la religion de la Loi, bâtirent une cité pyramidale sur les vestiges de la Cathédrale où se déroula l'ultime combat du Héros. Cette cité hermétique, baptisée Tokyo Millenium, devint rapidement un vrai pays, avec ses strates sociales, son ordre, ses avantages... et ses défauts.

Dans les plus bas quartiers de Millenium (Valhalla) , des lieux de débauche, un jeune guerrier amnésique de dix-sept ans vient de gagner un tournoi annuel. Cela lui ouvre les portes du Centre, et lui permet d'apprendre son véritable nom, Aleph. Il est le Messie, l'envoyé de Dieu chargé d'anéantir les démons afin de préparer Millenium à devenir le Royaume Millénaire, un lieu sans haine ni conflits, gouverné par Dieu...
Accompagné par Beth, une jeune guerrière de l'Ordre du Temple, le jeune Aleph commence alors à éradiquer les démons de Millenium... mais très vite, la portée de ses actes et la moralité de ses maîtres lui paraîtront moins évidentes.
Le sauveur influera alors inextricablement sur la destinée de jeunes gens ; il devra choisir son camp, son futur, et celui du monde...

Basée sur la fin Neutre, l'intrigue de Shin Megami Tensei II est beaucoup plus dirigiste que celle du 1, et pour autant, elle reste assez mal rythmée. On retombe dans le cliché du jeune homme (ici, littéralement) sans histoire qui se réveille un beau matin en apprenant qu'il est le héros qui sauvera le monde. Mais ce « plot » cache des vérités bien moins reluisantes qu'on ne le croirait, qu'il ne tient qu'à vous de découvrir si vous supportez le rythme terriblement décousu du scénario.
Le déroulement du jeu s'avère relativement linéaire, et essentiellement partagé entre des moments très intéressants pour ne pas dire captivants et de méchants passages à vide, parfois décourageants de « va-comme-je-te-pousse », à un tel point qu'on peut se demander par moments « mais qu'est-ce que j'fous là ? » ! Cela dit, si vous vous accrochez suffisamment, l'intrigue ne manque pas de s'épaissir, de s'assombrir, et on finit par se poser plusieurs questions auxquelles il n'est pas si facile d'apporter des réponses : « Qu'a-t-il pu se passer pendant toutes ces années pour en arriver là ? » ; « Qui est Aleph » ? ; « Quel est son rôle de Messie ? »...
En raison du grand écart temporel, il n'est pas obligatoire d'avoir fini le premier opus pour se lancer dans cette épopée ; tout au plus, il est conseillé d'avoir dépassé le prologue de ce dernier pour comprendre ce qu'est vraiment la Grande Destruction.

Vous aurez affaire à de nombreux personnages, à de multiples points de vue, et à un scénario toujours aussi profond. Les questions existentielles chères à la série, seront présentes mais sous-entendues. "L'humanité perd-elle sa liberté en se reposant sur une philosophie commune ?", "L'humain devient-il toujours une bête sauvage s'il renonce à ses lois et à ses guides ?", voilà tout autant d'interrogations qui vous seront posées en des termes feutrés.
Une fois encore, vous devrez prendre partie pour l'une des trois causes (Loi, Neutre et Chaos), et votre alignement sera fonction de vos actes à des moments clés de l'intrigue.
Par exemple, épargner un ennemi vaincu vous fait basculer vers la Loi, extorquer de l'argent à un garçon acculé vous rend Chaotique...

Bien que les idées polémiques restent assez présentes, voire moins dissimulées, les diatribes anti-catholiques, de même que les éloges lucifériennes, ont été atténuées pour donner un aspect moins acerbe, moins controversé à l'histoire.
Les réflexions de cet opus n'y vont néanmoins pas par quatre chemins, et plusieurs scènes sont redoutables de franchise. En fait, comme on est plus dans la science-fiction que dans l'anticipation, on a moins de mal à avaler la pilule et on se dit plus volontiers « c'est osé, mais ce n'est qu'un jeu... ».
En outre, la religion mise en avant n'est plus le christianisme mais plutôt le judaïsme (les personnages principaux sont nommés selon les lettres de l'alphabet hébreu, on parle d'un « Messie » et l'on trouve diverses références plus ou moins discrètes) .
Cette situation est d'ailleurs paradoxale : on avance dans le temps mais on en revient aux origines de la religion. On notera également que l'humour est bien plus présent, certaines scènes s'avérant assez cocasses, notamment la reprise du Songe d'une Nuit d'Été de Shakespeare.
Cela ouvre le jeu à plus de joueurs, l'expose à moins de critiques. Pour autant, il n'est pas dit du tout que vous accrochiez à ce titre !

- Pouvez-vous dire "mieux" ? -

À moins d'être d'une mauvaise foi sidérante, on ne peut pas nier que Shin Megami Tensei premier du nom était un jeu terriblement moche, pixelisé, redondant, mal animé, bref, une souffrance visuelle. Le bon côté des choses, c'est qu'en ayant touché le fond, on peut pas faire pire, pas vrai ?

Dans ce nouvel opus, on garde la vue à la première personne, et des couloirs et des portes pour environnements principaux. On visite des endroits crasseux, comme les bas-fonds du Valhalla ou l'ancien Tokyo, ainsi que des lieux plutôt rutilants tels le manoir de Madame ou le Centre de Millenium.
Toutefois, la qualité des graphismes n'a pas beaucoup évolué. On reste dans le bas du bas du panier. Que peut-on dire ? Les seuls progrès qui ont été sensiblement faits, sont à rechercher du côté de la texture des murs – ceux-ci sont en effet plus variés et surtout plus détaillés – du menu, et du statut de l'équipe qui apparaissent plus futuristes, métalliques et moins vides. Le reste ne bouge pas, ou (trop) peu. Ainsi, les sprites des personnages humains, l'animation des démons et celles des environnements ne se sont pas améliorés. On garde des images floues, uniques, centrées, immobiles, et en combat, des portions de corps qui se déplacent ou plutôt qui « clignotent ».
Non, vraiment il n'y a pas de quoi danser de joie ; il y avait de la marge avant de qualifier SMT de beau jeu, et il y en a encore beaucoup avec SMT 2. Quand on voit les performances de l'époque en terme de graphismes, notamment du côté de Squaresoft, on est limite en droit de qualifier ce rendu d'inacceptable.

Le chara design et l'OST, pour aborder rapidement le sujet, ont par contre pas mal changé. Comme on se place plusieurs décennies plus tard, dans l'an 20XX pour être exact, Kazuma Kaneko a sauté sur l'occasion pour manger à tous les râteliers ; on trouve de l'ultra-moderne pour les habitants de Millenium, du médiéval pour l'Abysse, du style apocalyptique pour le Souterrain...
Dans un grand mélange des genres, les personnages principaux ont tous un cachet plutôt atypique. On rencontrera des designs plus que modernes comme ceux d'Aleph, de Hiroko, d'autres tellement classiques qu'ils en jurent presque avec le ton science-fiction, comme les vêtements simplistes de Zayin ou de Beth. Enfin on se demandera d'où sortent les designs de Gimmel ou Daleth.
Bref, le côté "improbable" et bien plus fictif de cette nouvelle scène est fortement assumé.
Beaucoup de PNJ sont volontairement repoussants (le manager d'Aleph et les anciens tokyoïtes par exemple) et l'OST s'adapte à tous ces cas de figure.
Toujours fortement électronique, la bande-son de Tsukasa Masano offre des sonorités diverses, parfois « spleenées » comme le thème de la Loi, parfois joyeuses comme le Casino ou le Disco, mais la plupart des pistes donnent dans le robotique. Ce choix correspond parfaitement à l'ambiance science-fiction prédominante et aux diverses conditions de vie que vous croiserez au cours de l'aventure. Il permet également d'appuyer les messages véhiculés par les dirigeants de Millenium, comme en témoigne entre autre le thème de Siren.
L'univers n'en est que plus cohérent, et donc intriguant. Les mélodies sont travaillées, certaines sont même très belles, toutefois il est rare de les entendre jusqu'au bout, les combats étant trop fréquents pour cela.

La carte du monde, toujours à la troisième personne, affiche un angle plus isométrique et plus carré qu'avant. Une espèce de quadrillage a été apposée pour renforcer l'apparence « informatique » des lieux visités. Les entrées des lieux disponibles sont signalées par des flèches et les PNJ se tiennent sur des cases surélevées ou au contraire plus enfoncées du sol. Le tout offre un rendu réellement différent, mais assez peu convaincant, car pour un peu, ça ressemblerait plus à un guidage par GPS qu'à une véritable exploration !

Si Shin Megami Tensei II ne révolutionne pas les aspects techniques de son aîné, il y donne en revanche un nouveau cachet pour faire passer une agréable sensation de nouveauté. Comme la teneur du scénario s'avère également d'une toute autre mesure, on n'a absolument pas l'impression de jouer à une bête extension mais bien à une véritable suite, dans un nouvel univers, avec des personnages inédits et tout le reste.

- Hardi, la bête saigne, elle se rendra ou mourra ! -

Atlus avait conçu un système à la fois ergonomique, classique et plus riche qu'il n'y paraissait avec Shin Megami Tensei. Facile à prendre en main, moins lassant qu'un Final Fantasy grâce à la fonction Auto, les combats et explorations de ce jeu étaient, tout au moins, pétris de bonnes idées. Pour la suite directe, aucune innovation visible n'est à signaler au niveau du gameplay, seuls de légers changements de forme sont au programme ainsi que quelques « macros » supplémentaires pour diminuer les pertes inutiles de temps.

Vous dirigez Aleph à la première personne, et en appuyant sur A, vous accédez au menu, à votre ordinateur pour gérer votre équipe, aux sorts disponibles et aux items.
Les combats sont à présent annoncés par une barre de couleur dans un style « K 2000 » ; plus celle-ci est rouge, plus un démon est proche. Cet ajout est relativement inutile car on est constamment dans le rouge bien sûr ! Pour vous orienter, il est à présent possible d'ouvrir rapidement la carte avec la gâchette L, ce qui reste la meilleure idée du jeu. Ainsi, nous n'avons plus besoin de passer par le menu à chaque minute.
Les issues et quelques lieux comme les centres de soin et les escaliers sont également signalés sur cette « map ». Le bouton X, quant à lui, vous permet de vous soigner rapidement en utilisant vos meilleurs objets de soin sans passer par le menu. C'est une fonction assez peu pratique.
Sorti de cela, on reste dans l'exploration des couloirs et la découverte des éléments à bout portant, les discussions avec les PNJ, les emplettes dans les boutiques...
À chaque pas, vos démons invoqués consomment un peu de Magnétite (ou Magatsuhi). Il vous faudra la récolter au cours des combats et en garder toujours un peu sur vous sinon vos alliés perdront de la vie à chaque pas. Ce problème peut devenir épineux par moments, notamment dans le secteur des Yousei, des démons qui ne lâchent jamais un gramme de Magnétite !
De nouveaux lieux comme le Bar, le Disco ou le Casino sont présents, mais seul ce dernier peut être intéressant, car vous pourrez y gagner des équipements très redoutables, à condition d'avoir remporté suffisamment de jetons.

Les combats sont toujours aussi fréquents et se déroulent exactement de la même façon.
Les humains peuvent alterner lors des phases d'attaque entre l'épée, le pistolet, les magies, l'ordinateur et les objets ; les démons emploient l'attaque, les coups spéciaux, la magie et la défense.
La fonction de combat automatique est accessible quelle que soit l'espèce que vous dirigez.
Dans SMT2, les spéciaux vous coûteront des HP ou des MP, et il est courant d'affronter deux types d'ennemis en même temps. Ce sont là les seules différences concrètes avec son prédécesseur.
Les négociations sont ardues, hasardeuses, et même plus complexes qu'auparavant. Les QCM présentent davantage de possibilités, et donc de combinaisons, capter l'attention est plus délicat qu'avant, et les démons sont carrément plus rapaces.
Certains vous soulageront de tout ce que vous avez pour finalement refuser de vous suivre, d'autres vous suivront sans vous demander un sou.
Le système de recrutement de Shin Megami Tensei 2 est peut-être le plus complet, le plus technique de la saga, ce qui rend l'acquisition de nouveaux alliés encore plus difficile que dans le premier Shin Megami Tensei. En compensation, le niveau de difficulté du jeu est bien plus bas, et les combats contre les boss sont les seuls moments où le recours aux alliés surnaturels est obligatoire.

Le système des fusions est toujours présent. Si vous avez plus de deux démons à vos ordres, vous pouvez en fusionner deux ou trois pour en obtenir un nouveau. Mais le « Jakyou no Yakata » offre dorénavant une ébauche du système de conservation des « skills » qui atteindra son aspect final avec Lucifer's Call.
Pour faire simple, les démons de type Ténèbres, quand ils sont fusionnés, donnent exactement le même démon, mais avec des « skills » différentes.
Cela n'est pas sans rappeler les « Mitama », des démons assez durs à avoir, pas trop forts en eux-mêmes mais qui, quand on les fusionne avec un démon, permettent d'obtenir un démon similaire à ce dernier (d'un niveau équivalent) mais qui bénéficiera alors de bonus de stats (+1 en Force, par exemple) et des sorts de « buff/debuff ».
À titre d'exemple, si on fusionne un démon de ce type avec une Pixie niveau 3 on obtiendra toujours une Pixie niveau 3 mais qui bénéficiera de sorts et de statistiques inhabituelles.
Sorti de ça, rappelons qu'il est toujours possible de fusionner mais pas d'invoquer un démon d'un alignement contraire au vôtre, ni de fusionner un démon d'un niveau supérieur.

- "Sachez-le, je vous ai compris..." -

Beaucoup de joueurs auront déclaré forfait devant le challenge inhumain qu'offrait parfois le premier Shin Megami Tensei, notamment à cause de ses boss terriblement puissants et de ses dédales interminables, éreintants à tous points de vue.
Ici, la puissance des démons a été revue à la baisse. Sans sombrer dans la facilité, Shin Megami Tensei II offre un niveau bien plus accessible, tout en restant un RPG nettement plus dur que la moyenne.
La majorité des combats aléatoires peut se régler aux attaques simples et au pistolet, les spéciaux et les magies restant réservés aux boss et aux situations désespérées.
Mais attention, que le niveau soit plus humain ne signifie pas que le premier venu pourra triompher des défis de ce jeu ! Il reste des passages terriblement délicats à traverser, en particulier au niveau du recrutement et face aux derniers boss du jeu.
Comptez sur soixante ou quatre-vingt heures pour finir le soft – en fonction des Game Over – si vous allez du début à la fin de l'aventure sans vous perdre. Rallongez considérablement cette durée de vie si vous devez errer pour trouver votre prochain objectif. L'intrigue se montre parfois totalement opaque quant à votre destination, alors prenez votre mal en patience...

On aurait pu attendre de ce SMT 2 des progrès bien plus concrets qu'une vulgaire mise à jour des emballages, mais force est de constater que cette épopée est bien plus agréable à suivre, légèrement moins rebutante que la précédente. La difficulté inhumaine a été révisée et le déroulement est un peu plus encadré pour ouvrir la série à un plus large public.
Pris par la main, entraîné presque malgré lui dans cet univers glacial et dur mais jamais choquant, le joueur qui saura surmonter l'austérité du titre ne verra pas passer les heures dans cette exploration et ces aventures moralistes piquées de références culturelles qui donnent au jeu toutes ses lettres de noblesse.

Note attribuée : 14/20

Rédigé par Wolf le 01/05/2011

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